Le journalisme sensationnel, question de point de vue ?

Par Nina Lostis, diplômée en Master 2 Histoire publique, Ambassadrice des Médias et de l'Information (novembre 2019 - juin 2020).

« Le crime fait vendre ». Voilà une phrase qui s’applique aussi bien à la littérature qu’aux médias. Mais la question aujourd’hui est de savoir pourquoi et depuis quand ? Le crime a toujours tenu une place particulière dans l’imaginaire des sociétés, chaque époque a son lot de monstres et d’histoires sordides. Cependant, est-ce seulement leurs crimes qui font d’eux des êtres inhumains, ou bien la façon dont ils sont décrits par les journalistes ?  

À l’origine, le terme « faits divers » né dans les années 1830, désignait aussi bien les phénomènes météo inhabituels que les récits de crime. De plus en plus tournés vers le crime, leur place grandit dans les journaux dans les années 1860-1870.

Le Petit Parisien -21 Avril 1895 - Supplément Illustré N 224

Faits divers : entre le réel et la fiction

A lire des faits divers du XIXe siècle, on se demande parfois si toutes ces histoires sont réelles. Tellement grotesques, horribles et pleines de personnages inhumains il est difficile de croire que tout se soit déroulé de la sorte. Cela était en partie due à l’écriture des journalistes qui se rapprochait de celle des récits de fiction. Ainsi, les fait-diversiers avaient tendance à jouer avec l’opinion publique. Transmettre des informations exactes et fidèles aux faits n’était pas leur seul objectif. Avant tout chose, ils voulaient que les lecteurs soient stupéfaits par des histoires extraordinaires. Les journalistes comptaient alors sur l’imagination de son lectorat, à sa soif d’histoires fantastiques et sanglantes, et non sur sa volonté de s’informer.

Faire le « buzz »

Perfectionnement de l’imprimerie à grande échelle et augmentation de l’alphabétisation des Français dans les années 1870 et 1880 ont engendré de nombreux changements dans la presse écrite. Entre abaissement des prix et diversification des journaux, chacun doit trouver des moyens pour attirer et fidéliser des lecteurs. Beaucoup décident de multiplier les faits divers dont la population raffole, mais pourquoi ? L’espace d’un instant les lecteurs ont peur et leur adrénaline monte, mais ce qu’ils aiment avant tout c’est d’être rassuré. C’est la nature humaine de se comparer aux autres. Ainsi, à côté des méfaits des brutes et des criminel.le.s décrits dans les journaux, les infractions et déviances des lecteurs ne sont pas grave ! C’est sur ces besoins de sensations fortes et de réconfort que jouaient les fait-diversiers.

D’ailleurs, c’est toujours le cas aujourd’hui et cela s’est même généralisé à l’ensemble des médias. Avec internet et l’accès libre à l’information, beaucoup en profitent pour jouer avec les émotions et les points de vue pour produire de fausses informations ou des « fake news ». Sur les réseaux sociaux, ces individus cherchent souvent soit à gagner des “followers”, soit à semer le doute ou l’effroi chez les internautes. C’est pourquoi, que ce soit au XIXe ou au XXIe, confronter les sources est primordial pour reconstituer une histoire, un fait ou une actu ! 

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