La liberté de la presse

Par Cansu Yilmaz, Ambassadeur des Médias et de l'Information (novembre 2019 - juin 2020)

 

Certains pensent que la liberté de la presse est acquise mais, à vrai dire, dans certains pays la situation des journalistes et des médias restent critiques. Les journalistes qui luttent pour la liberté de presse et le droit à l’information sont très souvent tués pour qu’ils ne révèlent pas les informations qu’ils ont trouvées. Sans liberté de la presse, les citoyens d’un pays ne peuvent pas être libres et ne peuvent pas se faire une opinion du pays dans lequel ils vivent.

On voit notamment cela dans les pays tels que la Corée du Nord, la Syrie ou la Chine qui se retrouvent parmi les derniers au classement mondial de la liberté de la presse 2020. La situation ne s’est pas arrangée pour ces pays puisqu’ils étaient déjà parmi les derniers dans ce même classement en 2019 et en 2018.

Ces pays emploient de très grands moyens pour faire taire la vérité et les médias. Mais pourquoi ont-ils aussi peur des médias ? Et comment emploient-ils les médias à leur avantage?

Il est essentiel pour le bien-être d’une démocratie d’avoir une presse libre car elle témoigne de la « bonne santé » d’un pays. Plus les médias sont libres, plus l’opinion publique est libre. Les citoyens peuvent s’exprimer et jouir de leur droit à l’information. Parmi les pays les mieux classés dans le classement mondial de la liberté 2020, nous retrouvons essentiellement des démocraties tels que la Norvège, la Finlande et le Danemark. La France, quant à elle, se place à la 34ème place sur 180.

Avec les mouvements des Gilets Jaunes, les journalistes se retrouvent de plus en plus confrontés aux violences des forces de l’ordre et des manifestants. Une partie du peuple ne croit plus aux journalistes et le montre à travers une remise en question des sources et des institutions, des mouvements de colère, du cyber harcèlement et de la censure. Aller sur le terrain est de devenu dangereux pour les journalistes.

Pour le cas de la Corée du Nord, censurer et empêcher la liberté d’expression est un moyen de garder le peuple dans l’ignorance. Un peuple qui est dans l’ignorance est plus facilement manipulable car il ne remettra rien en question ou aura trop peur de remettre en question le système. Internet est restreint dans le pays et consulter un média étranger donne lieu à une peine à purger dans un camp de concentration.

Les médias et la liberté de la presse ont toujours fait peur car ils permettent au peuple de remettre en question le système, s’exprimer et s’organiser contre les injustices. Un peuple soumis, c’est avant tout un peuple dans l’ignorance qui ne sait pas ce qui se passe dans le monde ou autour de lui. La liberté de la presse est donc essentielle. Les journalistes jouent un très grand rôle dans la libération de la parole du peuple et sont très souvent appelés les « chiens de garde » de la démocratie. Ils ne sont pas qu’un symbole, ils sont des lanceurs d’alerte. Toucher à la liberté de la presse et aux journalistes, c’est attaquer le droit à l’information du peuple et vouloir le manipuler.

Si les dictateurs de différents pays font taire les journalistes et les médias, ils n’hésitent pas à les utiliser également.

Afin de contrôler un peuple et garder son emprise sur l’opinion de ses citoyens, les dictatures emploient des moyens tels que la propagande ou les menaces. Par exemple, en Corée du Nord, les affiches de propagande sont très présentes dans les rues et les télévisions passent en continu des émissions qui font les louanges du dictateur nord-coréen, Kim Jong-Un. Le peuple est forcé d’aimer le système et montrer de la résistance envers la dictature peut avoir de très lourdes conséquences pour eux. Contrairement à son pays voisin, la Corée du Sud, qui occupe actuellement la 42ème place dans le classement mondial de la liberté de la presse 2020, la Corée du Nord occupe systématiquement la dernière place ou, pour une fois en 2016, l’avant-dernière place.

Le « leader suprême » de la Corée du Nord, Kim Jong-Un, est vu comme celui qui détient la vérité. D’ailleurs, celui-ci figure dans la liste des « prédateurs de la liberté de la presse » des Reporteurs Sans Frontières. Parmi ces « prédateurs », il y a Abdel Fattah Al-Sissi (Président de l’Egypte), Xi Jinping (Président de la Chine), Ali Khamenei (Guide suprême de la République islamique d’Iran). Les dictateurs empêchent la circulation de l’information afin de tenir le peuple dans l’ignorance. Ils imposent une autocensure aux agences de presse déjà existantes et contrôlent minutieusement tous les organes de la presse. Les journalistes et citoyens locaux sont dans l’obligation d’obéir au gouvernement, ce qui va à l’encontre même de la liberté de la presse. Pour les reporteurs, ils peuvent rarement circuler librement dans ces pays et beaucoup ne peuvent même pas y entrer.

Les gouvernements ne souhaitent pas que les informations circulent à l’extérieur du pays et ils sont prêts à employer tous les moyens nécessaires. Beaucoup de journalistes sont menacés de morts, kidnappés ou tués. Les journalistes risquent beaucoup afin d’éclairer le peuple et aider à la libération du pays en permettant la libération de l’expression et de la presse.

En 2019, 39 journalistes, 19 journalistes citoyens et 3 collaborateurs ont été tués. En 2020, 10 journalistes et 1 collaborateur ont été tués. En ce moment, dans le monde, 231 journalistes, 115 journalistes citoyens et 14 collaborateurs sont emprisonnés. Les chiffres augmentent de plus en plus et cela nous montre que la liberté de la presse est très loin d’être acquise, que ce soit en France ou dans le monde.