Internet ne pollue pas..... FAKE NEWS !

Par Nina Lostis, Ambassadrice des Médias et de l'Information (novembre 2019-juin 2020) / Master 2 en histoire publique

 

 

La Face Cachée Du Numérique _Cop ADEME Novembre 2019

©La face cachée du numérique, ADEME, novembre 2019

 

Internet signifie data centers, mais qu'est-ce donc ?

Parler de pollution numérique, c’est à la fois parler de la fabrication des appareils informatiques, de leur consommation électrique visible sur nos factures, mais aussi de leur consommation indirecte intimement liée aux data centers. Connus de beaucoup et souvent mentionnés dans les médias, savez-vous ce que sont les data centers et pourquoi ils polluent ? Traduit en français par « centre de données numériques », il s’agit en effet d’un lieu où sont centralisées de nombreuses données informatiques stockées grâce à des serveurs. La multitude de machines regroupées dans ces centres héberge des sites internet qui doivent être accessibles en continu par les utilisateurs. Pour faire simple, lorsqu’un internaute va sur un site, il sollicite le serveur qui héberge le site, et fait davantage travailler les machines qui produisent de l’énergie, de la chaleur, du CO2… Afin de fournir un accès continu, les centres ont besoin de générateurs de secours en cas de panne et de systèmes de refroidissement, souvent des climatisations pour éviter les surchauffes mais pas seulement !

De nouvelles alternatives à la clim’

Depuis quelques temps, les enjeux environnementaux ont forcé à revoir le fonctionnement des data centers à l’origine refroidis par des climatisations. Ainsi, certains fournisseurs ont décidé de construire leurs centres dans des pays aux climats frais la plupart de l’année, comme l’Islande ou la Scandinavie, et d’utiliser le free cooling
Comment ça marche ? Ce système consiste à faire rentrer de l’air naturellement frais ou tiède dans les structures à l’aide de trous dans le sol ou au plafond des endroits stratégiques du local. L’inconvénient est que tout le monde ne peut pas s’offrir le luxe de construire ses centres dans ces pays. Une autre alternative à la vieille clim’ très gourmande en énergie et créatrice de chaleur, c’est le liquid cooling. Plusieurs méthodes existent, une majorité utilisant de l’eau soit en la pulvérisant à l’entrée des centres, soit en installant des tubes au sol qui transportent de l’eau…

Si ces alternatives limitent la rejection de CO2 par rapport à la climatisation, elles consomment beaucoup d’eau, denrée indispensable et devenue de plus en plus rare. La nouvelle tendance du liquid cooling est d’utiliser de l’huile pour immerger les serveurs ! « C'est un liquide non conducteur et non corrosif qui absorbe jusqu'à 1 500 fois plus de chaleur que l'air » expliquait à L’Express Pierre Batsch, chargé du développement de la société Asperitas (« Refroidir nos data centers, un vrai casse-tête », Sébastien Julian, L’Express, 07/08/18). Même si des initiatives plus écologiques que la climatisation se développent (retrouvez-en dans l’article de L’Express en source), ce n’est pas une raison pour sur-consommer Internet !

Le saviez-vous ?

Un data center consomme autant d’énergie que 30 000 européens. Les data centers représentent 25% de l’empreinte environnementale du web. Il y a 200 data centers en France que font tourner cinq centrales nucléaires. 

Un email envoyé à une personne est conservé à trois endroits différents en même temps, ce stockage sollicite les serveurs. Son impact va dépendre du poids du message et des pièces jointes, de la durée de stockage et du nombre de destinataires – la multiplication des destinataires multiplie le nombre d’endroits où l’email est stocké !

Une recherche Google rejette 5 à 7 grammes de CO2, ce qui représente 9,9 kilos de CO2 par an et par internaute, selon l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME). Pourquoi ? Lorsqu’une personne fait une recherche, différents serveurs sont sollicités et plus de fenêtres sont ouvertes plus il y a de données consommées.

La lecture de vidéo en streaming représente 60% des flux sur internet et équivaut à 300 millions de tonnes d’émission de CO2 par an à l’échelle mondiale, selon l’ADEME. Cette pollution est comparable à celle d’un pays tel que l’Espagne ! Dans un de ses articles, Greenpeace donne l’exemple suivant : « Un film comme Pulp Fiction, proposé par Netflix en très haute résolution (4K), pèse ainsi autour de 10 giga-octets, soit 200 000 fois plus qu'un email sans pièce-jointe (50 ko). »

Ce qu’il faut retenir

  • Eviter le stockage de données qui sollicitent énormément les serveurs H24 et 7 jours sur 7.
  • Utiliser internet de façon raisonnée c’est réduire la consommation d’énergie !
  • Limiter le streaming et redécouvrir les « vieilles technologies » : allez, les personnes nées avant 2000, montrez aux plus jeunes comment c’était avant Google Drive, le Cloud, Netflix et Spotify en ressortant vos clé USB, vos DVD et vos CD et sauvez la planète the old fashion way       

Point conseils 😊

Pollution par e-mails

  • Supprimer régulièrement ses mails ET vider la corbeille
  • Cibler les destinataires de ses mails pour éviter qu’ils soient stockés à trop d’endroits
  • Enregistrer les pièces jointes envoyées sur une clé USB ou sur son ordinateur à la place du Drive ou du Cloud
  • Transférer ses fichiers en format compressé, en basse définition, grâce à des sites de dépôt temporaires (par exemple Wetransfer) ou si possible utiliser la bonne veille clé USB
  • Se désabonner des newsletters qui ne nous intéressent pas, idem pour les publicités (et ça facilitera le tri pour supprimer les mails !)

Gérer son navigateur (Chrome et compagnie)

  • Supprimer l’historique de votre navigateur et vider le « cache » ! à Le cache ce sont les données stockées par l’appareil lorsque l’on visite un site ou que l’on va sur une application. En théorie, il permet au site ou à l’application de générer le contenu plus rapidement, en pratique il sollicite les serveurs (et utilise l’espace de stockage de vos appareils !)
  • Si on sait déjà quel site on veut consulter : Taper directement l’adresse URL au lieu d’aller dans la barre de recherche
  • Si on ne connait pas l’adresse du site : Bien choisir ses mots clés ou utiliser la « recherche avancée » ! Cela évite de solliciter plusieurs serveurs.
  • Créer des favoris pour éviter de rechercher les sites – et c’est plus rapide !
  • Fermer les onglets lorsqu’on ne les utilise plus. Sur le portable, n’oubliez pas de fermer aussi vos applications qui consomment aussi beaucoup !
  • Utiliser des moteurs de recherche et des messageries écoresponsables (pour plus d’info, lire l’article de Clémence !)

Vidéos, réseaux sociaux et téléphone

  • Stopper la lecture automatique des vidéos sur vos réseaux sociaux
  • Visionner vos vidéos en basse définition – et mettez vos lunettes
  • Désactiver sa localisation GPS, son Bluetooth et la Wifi quand ils ne sont utilisés car ils envoient quand même des signaux (ça vous fera aussi gagner en autonomie de batterie 😉) 
  • Privilégier la Wifi qui consomme 23 fois moins que la 4G